Langue culture traduction

Langue culture traduction

Langue, culture, traduction.

Le cauchois est assurément une langue vivante ( Th. Bulot, 2006 : 198), il vaut mieux le répéter encore. Il n’est pas, comme Furetière, dans son dictionnaire, l’a fait croire depuis le XVIIème Siècle, une déformation grossière de la langue française due aux paysans ou aux enfants qui ne savent pas encore bien prononcer. Il est une langue vernaculaire, locale – celle du Pays de Caux- variété de la langue normande qui participe avec le parler de l’Ile de France (le francien) et d’autres parlers environnants ( dont le normand, le picard, le champenois, l’orléanais, le beauceron, le tourangeau, l’angevin, le manceau, le gallo…) à la constitution du français.

Langue vivante donc, expression d’une culture : la culture cauchoise, c’est ce qui lui confère sa richesse, sa variété, son intérêt. C’est à travers elle et leurs livres déjà publiés que D.D. du Trait, Thierry Coté, Lucien Malot, Paul Noël, membres de l’Atelier d’écriture de l’Université rurale cauchoise, ont permis aux lecteurs d’appréhender le mode de vie des cauchois, leurs façons de penser ,leurs joies, leurs peines…La langue est le véhicule d’une culture, l’histoire même de la linguistique en atteste et ceci, dès le XIXème Siècle avec Guillaume de Humboldt et au XXème Siècle avec Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf, selon lequel «  toute langue manifeste une analyse du monde extérieur, qui lui est spécifique, qui impose au locuteur une façon de voir et d’interpréter ce monde, un véritable prisme à travers lequel il est contraint de voir ce qu’il voit. » ( G. Mounin, 1972 : 92 ).

Ainsi donc, on peut prétendre à «  énoncer dans une autre langue cible ( le cauchois ) ce qui a été énoncé dans une langue source ( le français ) en conservant les équivalences sémantiques et stylistiques » ( Dictionnaire de linguistique, 1973 : 490 ). En termes plus simples, pourquoi ne pas traduire, adapter des œuvres littéraires françaises en cauchois ? Le but poursuivi est double : le plaisir qu’auront pris ceux qui l’ont fait et le plaisir qu’y prendront ceux qui le liront. La précaution, toutefois, est le souci de la fidélité. N’a-t-on pas dit, selon le proverbe italien : «  Traduttore, traditore » ? Ne s’est-on pas méfié des belles infidèles ? Si l’on s’en tenait à cette crainte, seuls les polyglottes accèderaient aux chefs d’œuvre de la littérature mondiale.

Juste retour des choses, cette fois ce sont les patoisants qui vont transmettre en cauchois les grands auteurs français. Une attention particulière doit être portée à certains : Maupassant a su rendre si pittoresque l’esprit des cauchois, La Fontaine a si bien décrit l’âme humaine et Molière, après avoir séjourné dans de nombreuses villes de province, n’a pas manqué de laisser traces de parlers locaux dans ses pièces. Molière, en effet, séjourna à Rouen à plusieurs reprises : une première fois, à l’âge de vingt et un ans, en 1643, une autre, pendant six mois, à l’été 1658, qui lui permit de côtoyer Pierre et Thomas Corneille. Tartuffe porte la trace du bon huissier à verge, Monsieur Loyal, « natif de Normandie », Monsieur de Pourceaugnac a Limoges pour patrie, enfin, l’écrivain normand Eugène Noël, l’ermite du Tôt, relève ( Noël E.,1880 : 81-82 ) : « dans cette même comédie de Pourceaugnac, il met en scène une Languedocienne de Pezénas, c’est un souvenir de voyage, il oppose cette baragouineuse du Midi à une baragouineuse du Nord : « Tout Chin Quentin a assisté à la noche », en référence au patois picard. Eugène Noël souligne avec à propos : « Molière et La Fontaine, en province, avaient senti l’un et l’autre ce qu’il y a de richesses dans notre vieille langue, ils y voyaient bien qu’à Paris, sous l’influence académique, elle tendait à s’appauvrir ; ils tâchèrent de réagir contre cette malheureuse influence et dans leurs écrits conservèrent à notre langue tout ce qu’ils purent de sa vieille ampleur. » ( Noël E., 1880 : 39 ).

L’Université rurale cauchoise, soutenue par son amical éditeur, la revue Le Pucheux, invite à profiter de cette fantaisie et, qui sait ? peut-être, à donner envie d’y participer.

Etienne-Henri CHARAMON

Vice-Président de l’Université rurale cauchoise.

 

Pour en savoir plus :

-Bulot. Thierry. La langue vivante. L’identité sociolinguistique des cauchois. 2006. Paris. L’Harmattan.

-Dictionnaire de linguistique. 1973. Paris. Larousse

-Mounin. Georges. Les belles infidèles. Essai sur la traduction. 1955. Paris. Les cahiers du Sud.

-Mounin. Georges. Histoire de la linguistique des origines au XXème Siècle. 1967. Paris. PUF.

-Mounin. Georges. La linguistique du XXème Siècle. 1972. Paris. PUF.

-Mounin .Georges. Les problèmes théoriques de la traduction. 1967.

Paris. Gallimard.

-Noël Eugène. Molière, son théâtre et son ménage. 1880. Paris. Bécus.

-Walter Henriette. Aventures et mésaventures des langues de France. 2008. Nantes. Editions du temps.

-Whorf. Benjamin Lee. Linguistique et anthropologie. 1969. Denoël-Gonthier.

 

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